Les vêtements moto et la sécurité

Saviez-vous qu’un blouson moto doit subir des tests d’homologation? Une coque de protection à la norme EN 1621-1, ça veut dire quoi concrètement? Certaines conditions de roulage définissent parfois la façon de s’équiper en moto, quitte à prendre plus de risques, en avez-vous conscience? La sécurité routière est un vaste sujet, même si on le limite à la moto. Nous allons aborder ici quelques points, comme les normes d’homologation de vos vêtements moto tels que les blousons et leurs protections, mais également de l’influence de l’environnement sur le comportement du motard vis-à-vis de son équipement.

 

A moto : se protéger en toutes circonstances

En tant que motard, vous avez certainement croisé l’un de vos confrères en short et en tong sous sa machine en plein été. Peut être d’ailleurs le faites vous vous-même et préférez mettre votre blouson moto de coté lorsqu’il fait très chaud. Pourtant lorsque le temps est moins clément, on remet volontiers son blouson, d’une part pour se protéger des intempéries, d’autre part car la chaussée pourrait être plus glissante et donc le risque de chute plus élevé. Voici un exemple qui montre donc que l’environnement extérieur peut favoriser la prise de risque en matière d’équipement.

Dans le même style, on pourrait penser que circuler exclusivement en ville est moins risqué, car la vitesse moindre et que par conséquent une chute potentiellement moins grave. Personnellement je trouve qu’il manque une réelle prise de conscience quant aux risques que l’on prend lorsque l’on est à moto, les adeptes du deux roues ont souvent du mal à évaluer les dangers potentiels.  Peut être faut-il se faire mal au moins une fois pour réellement s’en rendre compte ;-) Sachez qu’un simple chute à 50 km/h en ville peut faire bien plus mal qu’une chute à 150 km/h sur circuit, tout simplement à cause de l’environnement (mobilier urbain, trottoirs, etc.).

Pour vous donner une idée, voici la vidéo d’un crash test moto réalisé à 50 km/h :

Alors en ville, ou en été, protégez-vous un minimum ! Un blouson, des gants et des chaussures adaptées sont primordiaux, même sur courtes distances. Il existe d’ailleurs des vêtements spécifiques pour l’été, comme les blousons moto avec maillage 3D extrêmement légers et aérés, tout en étant protecteurs grâce aux coques homologuées.

 

L’homologation des vêtements moto

Parlons-en de l’homologation justement ! Tout le monde ne le sait pas, mais tout fabricant laissant entendre qu’un vêtement est « protecteur » doit soumettre son produit à une homologation européenne en tant qu’équipement de protection individuelle (EPI). On ne parle pas ici du casque qui lui dispose de normes bien spécifiques, mais bel et bien du blouson de moto, gants et autres pantalons.

Attention tout de même, les EPI se décomposent en 2 catégories : celle dite « de loisir », à risque faible, et celle dite « de protection ». La première catégorie ne nécessite pas de tests en laboratoires indépendants et permet aux fabricants d’apposer eux-mêmes l’étiquette CE. Le problème est que la plupart des fabricants jouent quelque peu sur les mots, ce qui est d’ailleurs toléré (!) et placent leurs produits dans la catégorie « loisir ». Il est à noter que quelques rares fabricants font l’effort de placer leur produit dans la bonne catégorie, et les soumettent donc à de vrais tests d’homologation indépendants.

Rassurez vous toutefois ce problème ne concerne que les blousons et les pantalons, puisque les coques de protections (coudes et épaules par exemple pour les blousons) sont elles bel et bien vendues comme éléments de protection et bénéficient à ce titre de tests poussés pour répondre aux normes d’homologation CE. N’achetez d’ailleurs pas un blouson dont les protections ne sont pas homologuées, c’est plus que louche quant à la qualité de la chose ! Les gants et les bottes disposent aujourd’hui de leurs propres normes qui les placent d’office dans la bonne catégorie, espérons qu’il en soit bientôt de même pour l’équipement complet.

 

Détails sur les normes d’homologation

Norme EN 13595 : blousons, pantalons et combinaisons

C’est belle est bien cette norme que de nombreux fabricants se permettent de contourner car ils ont le droit d’associer leurs EPI à la catégorie loisirs. Pour l’homologation, ces équipements sont divisés en 4 zones qui diffèrent de part leur exposition en cas de chute (épaules, coudes et genoux font partie de la même zone par exemple). Ce choix est judicieux car on trouve souvent des textiles renforcés sur les zones sensibles comme les coudes.

Norme EN 13595 : zones de test sur un blouson moto 

Pour chacune de ces zones, plusieurs tests sont réalisés : résistance à l’abrasion, à l’impact, à la perforation, à l’éclatement et au déchirement. L’homologation comprend deux niveaux, le deuxième étant tout simplement plus sévère que le premier. Par exemple les zones telles que les genoux doivent résister à l’abrasion pendant 4 secondes au niveau 1, et 7 secondes au niveau 2. Au final, une homologation EN 13595 de niveau 1 destine un équipement plutôt à une pratique urbaine (faibles vitesses), tandis que le niveau 2 se destine plus pour les équipements de route.

 

Norme EN 1621-1 : coudes, épaules, hanches et genoux

La norme EN 1621-1 concerne les protections que vous trouvez dans votre blouson moto (coudes, épaules) et votre pantalon (hanches, genoux). Certains  fabricants comme SaS-Tec par exemple dépassent les critères d’homologation assez largement, environ 30%, voire plus selon les coques. Les tests portent sur des séries de 12 impacts. Concrètement il s’agit de laisser tomber un poids de 5kg depuis une hauteur d’un mètre à un point précis de la coque. Les tests sont réalisés sous environnement contrôlé, mais également modifié (humidité, chaleur, etc.).

Protection moto 1621-1 

On distingue deux niveaux d’homologation :

  • - Niveau 1 : les 12 impacts doivent laisser une force résiduelle moyenne inférieure à 35 kN, avec un pic maximum autorisé à 50 kN
  • - Niveau 2 : les 12 impacts doivent laisser une force résiduelle moyenne inférieure à 20 kN, avec un pic maximum autorisé à 35 kN

 

Norme EN 1621-2 : protections dorsales

Les conditions de test sont les mêmes que la norme 1621-1. La différence pour la dorsale est qu’elle doit subir 5 impacts, dont 2 sur des zones fragiles telles qu’une jointure. Ici aussi, on distingue deux niveaux d’homologation :

  • Niveau 1 : les 5 impacts doivent laisser une force résiduelle moyenne inférieure à 18 kN, avec un pic maximum autorisé à 24 kN
  • Niveau 2 : les 5 impacts doivent laisser une force résiduelle moyenne inférieure à 9 kN, avec un pic maximum autorisé à 12 kN

Pour en savoir plus sur les protection dorsale, nous vous invitons à lire cet article complet. Ci-dessous, un test d’impact sur une protection dorsale :

 

Norme EN 1621-3 : protections thoraciques

Très peu utilisée lorsque l’on roule sur route, les protections thoraciques se destinent surtout à la moto verte. En plus de la force résiduelle, cette norme a la particularité d’intégrer la notion de distribution de la force.

On distingue également deux niveaux sur cette norme, toutes deux devant répondre à une force résiduelle moyenne de maximum 20 kN avec un pic maximum de 35 kN en ce qui concerne les impacts. A ceci s’ajoute :

  • Niveau 1 : la distribution de la force doit être d’au moins 15%
  • Niveau 2 : la distribution de la force doit être d’au moins 30%

 

Norme EN 1621-4 : Airbags moto

Dans la série des normes d’homologation, je demande la petite dernière : la 1621-4 ! Apparue en 2013 avec la démocratisation des gilets Airbag, il était temps de mettre en place des critères d’homologation. Un peu comme le reste, le gilet est testé sous plusieurs points d’impact (Airbag déployé bien sûr. Les seuils d’homologation sont par contre plus sévères :

  • Niveau 1 : les impacts doivent laisser une force résiduelle moyenne inférieure à 4,5 kN, avec un pic maximum autorisé à 6 kN
  • Niveau 2 : les impacts doivent laisser une force résiduelle moyenne inférieure à 2,5 kN, avec un pic maximum autorisé à 3 kN

Notez que d’autres critères sont également pris en compte, à savoir le temps d’activation qui ne doit pas dépasser 200 ms (critère à mon avis pas assez élevé étant donné que les fabricants sont déjà très largement en dessous), et la durée du temps gonflé qui doit être supérieure à 5 secondes.

 

Norme EN 13594 : gants

Tout comme les protections, et contrairement aux blousons et pantalons comme nous l’avons vu plus haut, cette norme est obligatoire pour tout « gant de moto ».

Pour passer le niveau 1 de la norme, les gants doivent résister à un test d’abrasion de 1,5 secondes. Plusieurs tests de résistance sont effectués, sans détailler les tolérances limites, sachez que la résistance des coutures est testée, tout comme la force résiduelle de la coque (si le gant en est équipé), la résistance à la déchirure de la paume et du dos, ou encore la résistance à la perforation. Toujours au niveau 1, un gant de moto doit avoir une longueur égale à la longueur de la main + 1,5 cm.

Au niveau 2,  le test d’abrasion est porté à 5 secondes, et la taille totale doit correspondre au moins à la longueur de la main + 5,5 cm.

Lors de votre achat, oubliez les gants normés uniquement CE 89-686, donnée qui indique simplement que les gants sont considérés comme un EPI (un EPI de loisir peut être un simple gant de jardin soumis à aucun test de résistance !), ce qui ne veut donc rien dire en matière de résistance.

 

Norme EN 13634 : bottes

Tout comme les gants, les bottes moto doivent aujourd’hui répondre aux normes car elles ne peuvent être considérée comme un EPI de « loisir » à partir du moment où elles bénéficient de protection aux tibias, malléoles ou chevilles. La norme EN 13634 doit donc être affichée sur l’étiquette lorsque vous choisissez vos bottes.

Pour répondre aux exigences, elles doivent avoir une hauteur d’au moins 162 mm, et au moins 192 mm pour les pointures supérieures à 45. Vous l’aurez compris, cette norme exclut donc les chaussures de moto, ce qui à mon sens n’empêche pas ces dernières d’être un énorme plus par rapport à des chaussures standards.

Etiquette homologation bottes moto Etiquette EN 13634 bottes moto